1936-2026, le combat social est-il encore possible, et pour quel objectif?
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Comme le montrent les études récapitulatives que l'on peut faire de l'évolution économique et sociale de ces dernières décennies, et encore plus nettement si l'on remonte à l'époque du Front Populaire, si bien illustrée par l'excellent film, pour une fois, de France Télévision, la classe ouvrière industrielle productive qui a construit la France de cette époque ancienne comme celle des « Trente Glorieuses » est quasiment en train de finir de disparaître sous nos yeux, pour peu que nous soyons capables de les ouvrir sur la réalité du monde contemporain.
Dans cette période de mutation drastique, il est donc nécessaire de chercher à comprendre vers quoi nous mène cette évolution, une véritable « révolution » du système économique et social, même si elle est bien incapable d'assumer sa vocation « révolutionnaire », et on doit donc analyser les raisons de ce déni, en raison de ses conséquences délétères, avant même de prétendre pouvoir y apporter quelque solution que ce soit.
Dans une société entièrement robotisée ou même déjà fortement robotisée, comme la nôtre actuellement, la rentabilité de l'industrie « robotique » ne peut plus reposer, par définition, sur la valeur ajoutée par le travail, et encore moins, par définition également, sur la plus-value extraite du travail humain directement productif.
L'exclusion du travail humain est à la fois une réduction des coûts de production et une réduction-suppression de la valeur ajoutée par le travail : une contradiction qui ne peut être « résolue » que pour autant que le marché continue d'absorber la production à un prix suffisamment élevé pour sauvegarder le profit, qui cesse donc d'être une question de valeur ajoutée et de plus-value pour devenir uniquement une question de la masse monétaire en circulation, et qu'elle soit suffisamment répartie entre les consommateurs.
Or qui sont les consommateurs, sinon la grande masse des travailleurs encore actifs dans le secteur tertiaire ? (Actuellement déjà plus de 80% des actifs).
Pour mémoire, dans une société primitive la majorité des intervenants échangent directement le produit de leur travail, avec peu ou pas d'incidence de la valeur du capital fixe en outillage et matériel. Échanger un service contre une marchandise reste donc encore sensiblement un échange d'équivalents.
Dans une société industrielle plus élaborée, chaque échange met en circulation une part du capital fixe investi, à titre d'amortissement, en sus de la valeur-travail échangée.
Que le profit soit réalisé par la vente de la prestation de service ou par la vente de la marchandise produite, il n'est de toute façon jamais réalisé autrement que par la vente.
La vente de marchandises et de services est le seule façon dont le capital circule, in fine, dans l'économie réelle.
Sans cette forme « finale » de la circulation du capital, il n'y a pas de circulation du capital du tout, et en fin de compte, pas de capital du tout. Le capital n'est capital qu'en circulation.
Dans une société capitaliste industrielle « classique » chaque échange service contre marchandise fait donc également circuler une part du capital variable, celle du travail humain salarié, avec une part de valeur ajoutée et de plus-value éventuelle, de part et d'autre de l'échange, ce qui permet la réalisation du profit, en conséquence.
En conséquence, tant que le secteur productif industriel et le secteur tertiaire des services sont en proportions plus ou moins équivalentes en termes de volume de main-d'œuvre employée et donc de valeur ajoutée produite, un certain équilibre a tendance à s'établir, voire même, une certaine dynamique de développement entre production et consommation, comme ce fut le cas durant la période des « Trente Glorieuses ».
Par contre, dans une société « robotique » où l'industrie est quasi entièrement automatisée, comme c'est déjà le cas dans certaines entreprises, la marchandise vendue comporte une part de la valeur d'amortissement de la chaîne robotique, mais par définition aucune part de valeur ajoutée par le travail, aucune plus-value intrinsèquement réalisable par la vente de la marchandise à son prix de production.
Le « profit industriel » ne peut donc provenir que d'une quantité de monnaie « extra » en circulation entre les intervenants dans la vie économique et qui ne provient donc plus du tout de la valeur ajoutée par le travail, et encore moins, évidemment d'une plus-value intrinsèque absente du processus productif, par définition.
Il n'y a donc plus, et sous aucune forme, d' « échange d'équivalents » entre le consommateur employé du secteur tertiaire et la chaîne robotique qui produit la marchandise dont il a besoin, alors que dans le capitalisme « classique » type « Trente Glorieuses » subsiste un échange d'équivalents entre secteurs de l'économie, même si de façon indirecte, et avec accumulation capitaliste de la plus-value au passage.
Dans l'échange tertiaire-robotique, qui ne peut donc en aucune façon être un « échange d'équivalents », et qui n'est même un échange en aucune façon, quant au fond, il reste donc toujours une « différence de valeur » à combler, même si paradoxalement la robotisation a éventuellement fait baisser le prix de production !
Et cette différence qui ne peut donc être comblée par la valeur ajoutée par le travail humain se trouve donc être comblée par la circulation du crédit, c'est à dire la circulation de la dette, et non celle du capital.
Et la circulation de la dette devient ainsi la base de la circulation monétaire et remplace, comme infrastructure économique, la circulation du capital.
Et comme ce qui reste du capital, et qui est donc essentiellement la valeur d'amortissement du capital fixe, ne peut circuler en assumant une dette finalement irremboursable, il est donc inévitable que cette dette s'accumule sur le compte des États industriels les plus « modernes » au sens du développement de la robotique.
Et la dette ne peut circuler qu'en étant assumée, en dernier ressort, par les Banques Centrales, ce que l'on a vu déjà de manière exponentielle avec les crises de 2007-2008 et 2020-2021 et que l'on ne peut que revoir de manière de plus en plus assumée à chaque soubresaut du système, et notamment, ce que l'on voit déjà à nouveau à l'occasion des différents épisodes guerriers en cours et plus ou moins interminables, en attendant, malheureusement, les suivants...
Un tel système ne repose donc pas du tout sur la liberté du marché, même s'il tente encore d'en sauver les apparences, et surtout à l'échelle des économies locales, quoi que en réalité entièrement dépendantes, pour leur survie, des flux monétaires banco-centralisés à plus grande échelle.
La mainmise complète de ce système interviendra, inévitablement selon sa logique, avec la mise en place des Monnaies Numériques de Banques Centrales et le contrôle absolu des flux économiques qu'elle implique.
Le banco-centralisme n'est pas un phénomène conjoncturel mais bien une mutation des rapports de production et des rapports sociaux, de nature profondément totalitaire, mais là aussi non pas de façon conjoncturelle, mais précisément en tant que changement de type de société, en tant que changement complet de système économique et social, de mode de production, et qui n'a pas forcément besoin de « révolution politique » au sens classique du terme, comme cela s'est déjà trouvé dans l'histoire, notamment entre la période « esclavagiste antique » et la période « féodale », entre lesquelles on ne peut dater de « point de bascule » autrement que de manière approximative et arbitraire.
Aucune solution alternative au banco-centralisme n'est actuellement proposée par les intervenants principaux de la scène politique, qui cultivent tous, sous différentes formes, le déni de cette réalité pourtant évidente.
Comme l'analyse des processus productifs actuels le montre, une partie de la dette générée par ce système l'est donc de manière précisément systémique, du fait de l'évolution des rapports de production sous la poussée de la robotique, et ne pourra être totalement absorbée par une réorganisation rationnelle de ces rapports, même au mieux de l'intérêt collectif, et non plus des parasites banco-centralistes de la dette.
Le contrôle démocratique et social de la dette en fonction des besoins prioritaires de la société est donc l'axe de recherche d'une solution alternative.
Luniterre
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